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Dîner "Coeur d'or pour Adicare"

Hôtel de Lassay le 1er décembre 2003

Pages d'Histoire (Noumadi KAMARA)

Rappel historique sur la famille du marquis Armand de lassay.

 


Louis de Madaillan-Lesparre, Marquis de Montataire, fils d’Isaac de Madaillan avait épousé en premières noces, le 10 juin 1651, Suzanne de Sainte-Croix, fille unique et héritière de Guillaume de Vipart, marquis de Sainte-Croix. Elle mourut en 1676.

Ils ont eu un fils nommé Armand, né le 26 (ou le28 mai 1652-d'autres mentionnent 1653-).


Futur marquis de Lassay il se rendit célèbre par ses mariages, ses procès et ses aventures galantes.
Il commença par servir, en 1672, comme aide de
camp du grand Condé.

Premier mariage : Armand se marie avec Mlle Marie-Marthe Sibour.

Il épouse, le 11 février 1674, Mlle Marie-Marthe Sibour. Son père, à l'occasion de ce mariage, lui avait donné :

1° la terre de Montataire estimée 160,000 livres (somme représentant presque un million de notre monnaie actuelle);


2° son logement pour lui et sa maison dans l'hôtel de Montataire, à Paris, etc...

La jeune marquise de Montataire mourut, malheureusement, moins d'un an après cette union (en janvier 1675), laissant une fille qui se maria avec le comte de Coligny, dernier de cette grande et illustre maison.

Deuxième mariage : Armand se marie avec Marianne Pajot.

Mlle de Montpensier avait, comme c'était l'usage alors, un apothicaire de sa maison, lequel s'appelait Pajot. Maître Pajot et sa femme Elizabeth Souart avaient une fille Marianne.
Devenu veuf à vingt-trois ans, le marquis Armand de Montataire, en est devenu passionnément amoureux, et l'épousa en 1676, malgré l’opposition de sa famille, notamment de son père Louis de Montataire.
Cette opposition se traduira par un traité (30 mars 1676) qui retira à Armand la terre de Montataire que lui avait donné d'avance son père, comme à son héritier présomptif, et lui laissa, en échange l'hôtel de Montataire, à Paris, et la terre de Lassay, dans le Maine.
Les deux ensemble étaient loin de valoir ce qui lui était retiré. Le domaine de Lassay était néanmoins un marquisat dont il prit le nom et le titre. Il ne fut plus connu depuis, que sous le nom de marquis de Lassay.
Hélas, la belle Marianne, qu'il aimait très sincèrement, mourut après deux ans de mariage, en 1678.


Louis de Madaillan-Lesparre, âgé alors de 59 ans, décida, pour sa part, et par vengeance, de se marier avec la fille du comte de Bussy, Louise-Marie-Thérèse de Rabutin, nièce à la mode de Bretagne (cousine germaine) et filleule de Mme de Sévigné.


Il eut avec elle, deux enfants :
-une fille, Reine (ou Reyne) de Madaillan, née en 1684, qui mourut à 79 ans le 5 janvier 1763.
-un fils, Roger-Constant de Madaillan de Lesparre, comte de Manicamp, brigadier des armées du roi, qui épousa, le 11 mai 1723, Anne-Gabrielle Le Veneur de Tillières et mourut sans postérité.

Troisième mariage : Armand se marie avec mademoiselle Julie de Bourbon.

M. le Prince, Henri-Jules de Bourbon, fils du grand Condé, avait eu, en 1668, une fille de Françoise-Charlotte de Montalais (veuve de Jean de Bueil, comte de Marans, grand échanson de France, que Mme de Sévigné n'aimait pas, et qu'elle a immortalisée sous le nom de Mellusine).
Cette jeune fille, nommée Julie à son baptême, aurait été appelée, si elle avait été légitime, Mlle de Bourbon ou Mlle d'Enghien, ou d'Anguien, comme on écrivait alors.
On arrangea un anagramme du nom d'Anguien, et on l'appela quelque temps Mlle de Guenany, ensuite Mlle de Chateaubriant
Elle avait été élevée à Maubuisson, puis placée à l'Abbaye-aux-Bois, puis amenée à Chantilly. Le prince, son père la fit légitimer, en 1693, à l'âge de vingt-cinq ans. On désirait beaucoup en faire une religieuse, mais elle ne s'en souciait pas le moins du monde. Elle était jolie, spirituelle, sans l'ombre de cœur et très capricieuse. Le marquis Armand de Lassay, lié avec les Conty, connaissant M. le Prince et M. le duc son fils, vit Mlle de Chateaubriant et ne manqua pas de tomber amoureux. Le mariage eu lieu le 20 mars 1696. Cette union, tant désirée par Armand de Lassay, fut loin d'être pour lui sans nuages. Le lendemain des noces, sa nouvelle épouse lui déclara son intention de vivre indépendante.
La marquise de Lassay, mourut le 10 mars 1710, âgée de quarante-trois ans, et son mari, Armand de Lassay, la fit inhumer au prieuré de Lassay, diocèse du Mans. Il avait aimé passionnément une femme qui ne l'avais jamais aimé : « Avec cela, quand en 1710 l'indigne épouse mourut, il pleura de quoi remplir trois seaux, car pas un jour il n'avait cessé de penser à elle, ni de prier qu'elle lui revînt »

Marié trois fois, le marquis de Lassay avait eu un enfant de chacune de ses trois épouses :

Marie-Constance-Adélaïde de Madaillan fille de Marie-Marthe Sibour L'aînée, Marie-Constance-Adélaïde de Madaillan, fille du marquis de Lassay (alors marquis de Montataire) et de Marie-Marthe Sibour, fut mariée en 1690 à Gaspard Alexandre, comte de Coligny, le dernier de cette illustre maison qui existait depuis sept siècles. Il mourut sans enfant, le 14 mai 1694.

Léon de Madaillan-Lesparre, comte de Lassay, fils de Marianne Pajot Le marquis Armand de Lassay a eu avec Marianne, un fils né en 1678, Léon de Madaillan-Lesparre, comte de Lassay,
Colonel du régiment d'Enghien, puis brigadier des armées du roi le 1er février 1719, il épousa sa jeune tante, Reyne de Madaillan, fille du marquis Louis de Montataire.
Sa grand'tante, Marie-Anne Vipart de Silly, morte en 1747 à l'âge de quatre-vingts ans, qui était fort riche, ayant réuni sur sa tête presque tous les biens de sa famille, le fit son héritier.
Léon mourut le 7 octobre 1750 et toute sa fortune passa aux deux fils du duc de Lauraguais, petits-fils de sa sœur et par conséquent ses arrière-neveux

Julie de Bourbon mère de Adélaïde Geneviève. Le marquis Armand de Lassay a eu avec Julie, une fille qui fut placée fort jeune au couvent. Tenant de son père un caractère indiscipliné et de sa mère une tête vive et un peu folle, elle s'y ennuyait horriblement et suppliait le marquis de Lassay de l'en retirer.
Il lui écrivait : "Plût à Dieu que votre bonheur dépendît de moi ! Vous n'auriez rien à souhaiter; mais il ne dépend que de vous et j'ai peur qu'il ne soit en de bien mauvaises mains".
On maria Adélaïde Geneviève , le 21 février 1715, à Simon Gabriel, comte d'O, « mestre de camp ». Elle mourut le 2 octobre 1723, laissant elle-même une fille Adélaïde Geneviève félicité d’O qui fut mariée le 27 Août 1731 au duc Louis léon de Villars de Brancas, comte de Lauraguais (Lauragais) né le 5 mai 1714.

Armand de Madaillan un homme de passions

Sur la mort de Marianne

"Ceci a été écrit dans le temps que je venais de perdre cette Marianne, que j’avais assez aimée pour quitter tout, dans l’espérance de passer ma vie avec elle.
"Dieu a rompu la seule chaîne qui m'attachait au monde ; je n'ai plus rien à y faire qu'à mourir ; je regarde la mort comme un moment heureux… Que je me trouve jeune ! la longueur de ma vie me paraît insupportable quand je la compare à la longueur des jours que j'ai passés depuis la perte effroyable que j'ai faite. Je suis demeuré seul sur la terre… Quand on a connu le bonheur d'aimer et d'être aimé par une personne qui ne vivait que pour vous, et pour qui seule on vivait, on ne veut plus de la vie à d'autres conditions.
" Il n'y a plus rien dans le monde pour moi ; je n'ai d'espérance qu'en la mort ; elle seule peut finir mes maux; il n'est pas au pouvoir de tous les hommes de me donner un moment de plaisir ; la plus aimable personne du monde n'est plus ; une personne qui ne vivait que pour moi, que la perte de la vie n'a pu occuper un moment en mourant, et qui n'a senti que la douleur de me quitter ; qui était si parfaite, que mon imagination ne me saurait fournir un endroit par où je me puisse consoler ; je ne la verrai plus. Hélas ! que je serais heureux s'il avait plu à Dieu de me réduire à l'aumône et de me la conserver ! Nous eussions partagé nos peines et elles n'eussent plus été des peines. A quinze ans je l'ai connue, et à quinze ans j'ai commencé à l'aimer ; depuis, cette passion a toujours réglé ma vie et il n'y a rien que je ne lui aie sacrifié…
" Il n'y a plus de lieu où j'aie envie d'aller, tout m'est égal; ma chère Marianne donnait de la vie à tout ; et, en la perdant, tout est mort pour moi ; je découvrais tous les jours en elle de nouveaux sujets de l'aimer, sans pouvoir jamais en découvrir aucun de ne la pas aimer ».

Lettre à Mademoiselle de Chateaubriant

« Je suis ici dans un château » (château de lassay),« au milieu des bois,qui est si vieux, qu'on dit dans le Pays que ce sont les fées qui l'ont bâti. Le jour je me promène sous les hêtres, pareils à ceux que Saint-Amant dépeint dans sa solitude ; et depuis six heures du soir, que la nuit vient, jusqu'à minuit, quiest l'heure où je me couche, je suis tout seul dans une grosse tour, à plus de deux cents pas d'aucune créature vivante : je crois que vous aurez peur des esprits, en lisant seulement cette peinture de la vie que je mène, et vous en mourriez si vous habitiez ce château, et que vous entendissiez tous les contes que l'on fait de ces fées qui s’y viennent promener assez souvent : je voudrais bien qu’elles me rendissent une visite, car je les crois de fort bonne compagnie, et j’ai cent questions à leur faire ; mais elles ne me feront pas tant d’honneur : je fais pourtant tout de mon mieux pour les y engager ; car, comme j’ai toujours ouï dire que ces demoiselles n’aiment pas à trouver beaucoup de monde, je demeure seul à les attendre ; je ne me plains pas de cette extrême solitude, puisque je ne saurais vous voir : vous me mandez que l’absence ne change point vos sentiments ; je vous rend vos mêmes discours, et vous ne sentez rien sur cela, que je ne sente plus vivement que vous ne le sentez : adieu, Ma chère Julie, je meurs d’ennui et de tristesse : l’envie que j’ai de vous revoir ne se peut imaginer que par vous, si je suis assez heureux pour que vous en sentiez une pareille : je vais me promener du côté par où vient l’homme qui apporte les lettres, car j’espère qu’il m’en apportera une de vous ».

Les successions à l’Hôtel de Lassay

Armand de Madaillan, marquis de Lassay

Le marquis de Lassay avait eu occasion de voir souvent, à la petite cour de Saint-Maur, la duchesse de Bourbon. C'était l'ex-Mademoiselle de Nantes, fille de Louis XIV et de Mme de Montespan. Elle avait été mariée à onze ans, et n'en avait que trente-six quand elle devint veuve et douairière en 1710.
Le marquis lui suggéra d'acheter les vastes terrains qui s'étendaient sur la rive gauche de la Seine, de la rue de Bourgogne à l'esplanade des Invalides.
Ces terrains se situaient en face de ce qui devait devenir plus tard la place Louis XV (Place de la Concorde).
Sur ces terrains devait se construire un magnifique palais à l'italienne avec jardins, terrasses et pièces d'eau, pour remplacer l'ancien hôtel de Bourbon, demeure un peu triste, située, rue de Vaugirard ( où se situe actuellement l'Odéon).
A côté de ce beau palais, il se fit construire pour lui-même (comme le cardinal de Richelieu qui avait placé le Petit Luxembourg à côté du Grand Luxembourg, bâti par sa protectrice la reine Marie de Médicis), un charmant petit hôtel donnant également sur la Seine, qu'il orna avec beaucoup de goût et dans lequel il plaça la précieuse galerie de tableaux que lui a léguée Mme de Verrue ( Née en 1670, fille de Louis-Charles, duc de Luynes, et d'Anne de Rohan, mariée, en 1683, à Joseph Scaglia, comte de Verrue, gentilhomme piémontais, qui fut maréchal de camp au service de France, et périt, en 1704, à la bataille d'Hochstædt).
Voltaire a fait l'éloge de cet élégant hôtel et en a « admis » l'architecte dans son Temple du goût.
Les deux palais ne furent achevés qu'en 1725, la duchesse ayant alors plus de cinquante ans et le marquis soixante-treize ans.
Le marquis de Lassay mourut le 21 février 1738, âgé de quatre-vingt-six ans.

Léon de Madaillan-Lesparre, comte de Lassay

Fils d'Armand de Madaillan, il se marie avec sa tante, Reyne de Madaillan de Lesparre en 1711 et devient marquis de Lassay à la mort de son père en 1738. Il meurt le 7 octobre 1750.

Reine (Reyne) de Madaillan-Lesparre, marquise de Lassay

Fille de Louis de Madaillan de Lesparre, Marquis de Montataire et de Suzanne de Sainte Croix Louise, Marie-Thérèse de rabutin, Reine de madaillan naît en 1684. Elle se marie en avril 1711 avec Léon de madaillan-de lesparre, son neveu. Elle ne vécut que peu de temps à l'Hôtel de Lassay après la mort de son mari en 1750. Elle se préoccupa du sort des aliénées de l'hospice de la salpêtrière (Hôpital général) et fit un don de quarante mille livres en 1753 pour la construction de logements plus salubres pour ces femmes aliénées. Elle mourut le 5 janvier 1763.

Le maréchal Louis d'Isenghien

Le Maréchal Louis D'Isenghien, oncle d' Elisabeth-Pauline de Gand-Vilain Princesse d’Isenghien, qui épousera Louis-Léon Félicité de Brancas de Lauraguais, aurait occupé l'Hôtel de Lassay vers 1760, avant que le Comte Brancas de Lauraguais en prenne possession. Il était né le 16 juillet 1678. Il est décédé le 16 juin 1767.

Louis-Léon félicité Brancas de Lauraguais (1733-1824) à l’hôtel de lassay

Louis-Léon félicité Brancas, Comte de lauragauais, petit fils d’Armand de Madaillan-Lesparre, Marquis de lassay, et de la duchesse de Brancas, est né le 13 juillet 1733, issu du premier mariage de son père avec Mademoiselle d'O. Il porta jusqu'à lamort de son père le titre de comte de Lauraguais.

"Très brave, très spirituel, littérateur à ses heures, écrivant des tragédies et découvrant un nouveau procédé de porcelaine, il s'était affiché en 1758, par sa liaison avec sophie Arnould. Mestre de camp en 1749, il fit la guerre de Sept Ans, traversa sans trop d'encombre la révolution, et ne mourut qu'en 1824, pair de France de LouisXVIII. Il avait épousé en janvier 1765, Elisabeth-Pauline de Gand-Vilain Princesse d’Isenghien, guillotinée le 15 février 1794, fille du Comte de Midelbourg et de Louise-Marguerite de La Rochefoucault-Roye, dont il n'eut qu'une fille mariée au prince d'Aremberg"(Mémoires de la Duchesse de brancas-Préface par Eugène ASSE".

Louis-Léon félicité habite dès les années 1760 l’hôtel de Lassay : « Il habitait le bel hôtel construit par M. de Lassay son oncle à côté du Palais Bourbon, ayant son entrée sur la rue de l’Université et dont les jardins s’étendaient par derrière jusqu’au quai ». Passionné pour les sciences naturelles et surtout la chimie, il rencontra le chimiste Jean DARCET, avec qui il développa des expériences notamment dans le domaine de la fabrication de la porcelaine.
Ayant découvert un procédé nouveau de vitrification applicable à la porcelaine, le comte de Lauraguais eut l’idée de fonder une fabrique, avec four et atelier de fabrication. C’est à l’hôtel de Lassay qu’il installa son entreprise. Après la réussite de quelques belles pièces, « il en parla à l'Académie des sciences, déposa plusieurs échantillons sur le bureau du Secrétaire perpétuel, et sollicita la visite d'une commission.Le 18 août 1764, un long procès verbal de cette visite fut inséré au registre de l'Académie; en voici seulement un court extrait, le début et. la conclusion :Nous soussignés. Hellot, de Montigny, Macquer, Le Roi et Tillet, nommés par l'Académie pour examiner la porcelaine que M. le Comte de Lauraguais a faite dans son laboratoire et dont il avait précédemment deposé quelques échantillons entre les mains du Secrétaire perpétuel de la Compagnie ; Nous nous sommes rendus le 14 de ce mois à son hôtel rue de l'Université où il nous a fait voir plusieurs gobelets et soucoupes de diverses porcelaines tant de Chine et du Japon que de quelques fabriques de l'Europe, talles que de Saint-Cloud, de Sèvres, de Chantilly, de Frakendal dans le Palatinat de Meissen en Saxe et de Chelsea en Angleterre.
Par un premier examen, tant à la vue simple qu'à la loupe, nous avons observé que la couverte ou vernis de M. de Lauraguais ressemble beaucoup au vernis d'un gobelet bleu et blanc du Japon.
puis les commissaires-experts font diverses expériences comparatives, et concluent finalement ainsi:Il résulte de toutes ces expériences que la porcelaine de M. le comte de Lauraguais est, de toutes les porcelaines que nous avons examinées, celle qui approche le plus de la porcelaine du Japon, et nous n'avons pu apercevoir aucune différence entre les deux pâtes.
Il serait à souhaiter que les personnes de son rang et les gens riches voulussent employer aussi avantageusement que lui une partie de leur temps et de leurs revenus à ces sortes de recherches, la plupart trop dispendieuses pour des physiciens ordinaires dont la fortune est communément bornée».

Louis-Joseph, Prince de Condé (1736-1818)


Après bien des déboires, le Comte de lauraguais revient en france en 1767 et s'occupe de son hôtel de Lassay.

"Le voilà donc rendu au monde, bien accueilli à la Cour, et assagi sans doute par la détention qu'il a subie. Il se livre au plaisir innocent de l'horticulture et entreprend de transformer è l'anglaise le joli jardin de son hôtel, Il y construit des rochers, une cascade à l'image de la Suisse, et même un volcan qui sera, dit-on, d'un grand effet, car il compte sans doute en faire sortir des flammes. Malheureusement, au commencement de 1768. parait a l'Opéra une nouvelle, étoile de la danse, la demoiselle Heinel de Stuttgard qui a un succès prodigieux. Le Comte de Lauraguais, délaissant de nouveau Sophie Arnould, s'empresse à cette nouvelle conquête, installe luxueusement la demoiselle, lui donne, dit Bachaumont, un ameublement exquis, avec chevaux et carrosse, y ajoute 30.000 livres pour qu'elle s'organise è son goût, - et, comme elle aime beaucoup son frère, fait même à celui-ci un cadeau de 20.000 livres! On estime enfin qu'en quelques semaines, il a dépensé pour elle 100.000 livres au moins. Sa belle fortune n'y suffit plus sans doute, car pour se faire quelque argent, en juillet 1768, il vend au prince de Condé sou hôtel avec son jardin anglais et son volcan qu'il abandonne inachevé".

C'est le Prince de Condé qui fit construire le Palais-Bourbon et y déménage lorsqu'il fait démolir l'Hôtel de Condé pour y faire construire le théatre de l'Odéon. Lieutenant-Général des armées en 1758, il administrera la Bourgogne après avoir participé à la guerre de Sept Ans où il sera comptera à son actif les rares victoires françaises à Grüningen et à Johannisberg (1762). En achetant l'Hôtel de Lassay en 1768, il le réunit au Palais Bourbon. Il quitta la France dès juillet 1789, regroupa d'abord les émigrés à Turin puis en Allemagne, où il organisa l'armée dite de Condé, ou armée des princes, qui, sous la tutelle des Autrichiens et des Prussiens, mena en Alsace un vain combat contre la France révolutionnaire (Wissembourg, Bertsheim, 1793), avant de repasser le Rhin. En 1790 l'hôtel deBourbon est réquisitionné et en 1791 l'hôtel de Lassay devient bien de la Nation, l'ensemble s'appelle alors la "Maison de la Révolution".Le Conseil des Cinq-Cents se réunit dans ces lieux en 1795. La "salle des séances" alors construite est l'actuel hémicycle de la chambre des députés.

En 1807, Napoléon fait construire l'actuelle façade sur la Concorde, placage purement décoratif. Son style antique, caractéristique de l'époque impériale, devait répondre à la colonnade de la Madeleine édifiée au même moment.

Pendant ce temps, le Prince de Condé servit un temps letsar (1799-1801), vécut en Grande-Bretagne et ne rentra en France qu'en 1814, récupérant ses biens. En 1816, Louis-Joseph loue l'hôtel de Bourbon à la Chambre des députés (bail de trois ans). Il meurt en 1818. Son fils Louis Henri de Bourbon devient l'héritier, huitième Prince de Condé, père de Louis Antoine henri de Bourbon, Duc D'Enghien (1772-1804), neuvième et dernier Prince de Condé, fusillé dans les fossés de Vincennes

Louis-Henri Joseph de Bourbon, 8e Prince de Condé (1756-1830)

Louis Henri Joseph de Bourbon a eu une enfance fort turbulente et se battit même en duel avec le comte d'Artois, le futur Charles X. Son mariage avec Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans, qui était quatre ans plus âgée que lui, scelle la réconciliation entre les Condé et les Orléans. En 1827 il vend le Palais Bourbon à la Chambre des députés pour une somme de 5 250 000 F mais habitera l'hôtel de Lassay jusqu'à sa mort. Il a été retrouvé pendu à l'espagnolette d'une fenêtre du château de Saint-Leu le 27 août 1830. Sans héritier direct ( son fils, le duc d'Enghien est mort en 1804, dans les circonstances citées plus haut) lègue en 1830 le domaine de Chantilly à son petit neveu par alliance, le Duc d'Aumale.

"Au matin du 27 août 1830, au château de Saint-Leu, en Normandie, un valet découvre Monseigneur le duc de Bourbon-Condé pendu à l'espagnolette de la fenêtre de sa chambre.
Le vieil homme (74 ans) est le père du malheureux duc d'Enghien. La police attribue sa mort au suicide. Mais la suspicion plane sur sa jeune maîtresse anglaise, la baronne de Feuchères, née Sophie Dawes.
Selon l'historien Pierre Cornut-Gentille, celle-ci aurait convaincu le duc de léguer son immense fortune à elle-même et au duc d'Aumale, fils du duc d'Orléans.
Mais après l'abdication du roi Charles X et son remplacement par le duc d'Orléans, devenu roi sous le nom de Louis-Philippe 1er, la baronne aurait craint que le duc de Bourbon, sympathisant du roi déchu, ne refasse son testament.
Craignant d'être déshéritée de même que le duc d'Aumale, elle aurait précipitamment tué le duc!
C'est en définitive au duc d'Aumale qu'ira toute la fortune du duc de Bourbon et en particulier le château de Chantilly, aujourd'hui propriété de l'Institut de France (l'Académie française)."

 

Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897)

Henri d'Orléans , duc d'Aumale, nait en 1822. Il est le huitième enfant et le cinquième fils de Louis-Philippe d'Orléans (1773-1850), roi des Français de 1830 à 1848 et de Marie-Amélie de Bourbon-Sicile (1782-1866).
Il hérite en 1830 des biens de Louis-Henri-Joseph, dont le château de Chantilly et la bibliothèque des Condés. En 1832 le duc d'Aumale loue l'Hôtel de Lassay comme hôtel de la présidence de la chambre des députés et, en 1843 le vend à la présidence. En 1845 les petits appartements seront démolis , et la construction du quai d'Orsay sera entreprise. La Révolution de 1848, avec la chute de la monarchie de juillet, contraint le Duc d'Aumale à s'exiler en Angleterre. Accompagnéde la Princesse de Joinville, il embarque le 3 mars 1848 à bord du Solon qui les conduisit à Gibraltar puis en Angleterre. Pendant cet exil, le Duc d'Aumale consacra son temps au développement d'une collection de manuscrits, de tableaux et autres objets d'art. Le Duc d'Aumale revient à Chantilly en 1871, lors de  la chute du Second Empire. Il fait reconstruire par l'architecte Honoré Daumet le château détruit en 1799 qu'il aménage de 1875 à 1883, en musée. Il légua le château et toutes ses collections en 1884 à l'Institut de France, à condition qu'ils soient ouverts au public après sa mort et que les collections restent telles qu'elles ont été exposées et ne soient jamais prêtées. Le Duc dû fuir à nouveau la France en 1886 et y revint définitivement en 1889. Il meurt en 1897 lors d'un voyage en sicile, laissant, à l'Institut de France, une collection inestimable mise à la disposition du public depuis 1898.